Et dix de der
Me lever en pleine nuit pour me rendre sur les lieux d’un crime, c’est pas c’que j’préfère ! Faut dire que la pleine lune, ça réveille les cinglés. Et les cinglés, y’en a. À se croire dans des films. J’ les supporte plus. Me rappellent le travail. Seul avantage, le périf., du billard. Déboule dans le 20e. Attroupement repéré. Dorment pas ces gens ? Une petite mignonne m’explique : des voisins alertés par des cris et des coups de feu ont appelé la gendarmerie et voilà pourquoi, ensommeillée, elle est là. Devant mon air interrogateur, elle dodeline élégamment. Ignorance complète. Depuis qu’elle est arrivée, ni bruit, ni mouvement.
Avec tous ces renseignements, je me dirige vers l’entrée, la gendarmette sur mes talons. Je sors mon pétard, ouvre la porte gueulant « Y’a quelqu’un ? ». Comme personne ne répond, j’en déduis, en bon inspecteur, que non. Dans la place, j’enregistre rapidement un grand salon, une table avec deux verres, un tapis rempli de cartes, certaines au sol, un canapé où une femme fume et caresse un beau chat angora. À ses pieds, un revolver et un homme. « Mon mari » précisant « un sale con ». Sale con, j’sais pas mais mort, c’est certain.
J’observe la victime. Du sang coule encore de sa gorge, tranchée net. Très propre. Aurait eu une belle cicatrice. Aucun impact de balle. Surprenant. En regardant les murs, je constate que la propriétaire des lieux a refait la déco. Je la rejoins sur le canapé. Le minou déguerpit. « Sale con aussi ce chat ; tricheur, truqueur, magouilleur, menteur ». Le quadrupède ou le bipède ? Ma p’tite gendarmette demande si la partie était terminée avant le meurtre. Je rêve ! Si elle demande qui gagnait, j’la sors. La femme plisse les yeux, la regarde comme si elle arrivait directement de la planète « Abrutie » et lui assène « il trichait, cachait les cartes, c’est insupportable ». Un remake du bon, de la brute et du truand ? Au tir, pas l’air d’être Clint Eastwood alors, aurait-elle par hasard une explication sur la mort du prestidigitateur. Elle me fixe. Longuement. J’attends. La patience, un atout dans ce boulot. « Je l’ai tué par où il a pêché ! » D’accord, mais encore ?
Concentrée, ma p’tite collègue d’un soir fixe la blessure. Le sang a séché. Une forme curieuse dépasse de sa gorge. M’approchant, je devine le valet de pique. Pas de chance ! Nos regards se dirigent vers la femme. Elle attrape une carte, la maintient entre son majeur et son index repliés puis d’un mouvement sec du poignet l’envoie contre le chat. Agile, la bestiole l’évite, file en crachant. La carte dégomme un vase. Interdits, nous dévisageons la femme essayant de comprendre la scène. L’as de cœur en main, elle propose « Voulez-vous apprendre ? C’est quelque peu technique mais quand on maîtrise c’est facile et amusant ! ». Pas sûr de trouver ça drôle. Essayons tout de même, juste pour voir…