Se perdre, vraiment ?
- J’aurais dû mettre mes chaussures de rando ! Une TOUTE petite marche, prendre « un bain de forêt », j’te jure !
- Marche à ton rythme, on n’est pas dans la performance
- J’suis pas abrutie, j’m’en doute ! Mes pieds ! J’en peux plus
- Enlève tes chaussures
- Marcher pieds nus ? Avec toutes les bestioles, les saletés !
- Claire, une balade en forêt ça réduit le stress, améliore l’humeur, la circulation, le rythme cardiaque. Tes cellules se régénèrent et…
- Mais putain Pierre, elles sont sacrément regénérées mes cellules ! J’dois plus en avoir une de naze. J’suis absolument pas stressée, au taquet de la bonne humeur, je viens de perdre trois kilos et rajeunir de 20 ans. Je suis en pleine forme à part mes pieds…
- Respire !
- J’crois que je pourrais te taper… Là, ça te dit rien ? Le tapis de fleurs bleues, oui, là. On n’est pas déjà passés là ?
- Non, j’crois pas
- TU CROIS PAS ? T’es perdu, avoue-le
- Je vais retrouver la route
- Un chemin, ça serait déjà pas mal ! Et pas d’réseau ! On va mourir dans une putain de forêt en bonne santé. Stop. J’arrête. J’m’assois sur cette souche et j’bouge plus. J’attends les secours. J’ai envie de chocolat, t’en as pas ?
- Claire, on continue
- Non
- T’as dit reconnaître le tapis de fleurs bleues. On peut essayer de se souvenir d’où on venait
- La nuit va tomber. On va être dévorés par des bêtes, mourir de froid, de…
- Tu te calmes. La panique fait dériver. Et on dérive toujours du côté de notre main d’écriture. On respire et on réfléchit tranquillement
- Tu déconnes ? J’suis ambidextre ! J’vais être en orbite et revenir toujours vers ce putain de tapis
- Arrête de jurer. Tu t’souviens il y a… Combien ? Quarante ans ? On s’est perdus aussi
- Pierre, on avait 20 ans. Notre histoire commençait ! J’m’en foutais de me perdre, j’étais avec Toi, Amoureuse et follement excitée !
- Les bestioles, les grosses bêtes, oubliées !
- Gros malin, t’avais une couverture dans ton sac à dos
- T’es plus amoureuse ?
- L’état amoureux ne dure pas.
- Tes phrases assassines ! Mais tu m’aimes toujours ?
- Qu’est-ce qui te prend ?
- Je réfléchis à nous deux. Me demande si tu es heureuse, si tu ne t’ennuies pas, si je te comprends comme tu le voudrais, si je ne passe pas à côté de tes envies
- Pierre, j’aime la vie avec Toi. Je ne regrette rien. Si c’était à refaire, je plongerai avec enthousiasme dans le grand bain. Je suis heureuse avec Toi, tu le vois bien, non ? Et puis, le luxe, tu me fais rire. Pas trop aujourd’hui remarque
- Claire, je t’aime comme un fou, si je te perdais, je ne sais pas ce que je deviendrai
- On se perd beaucoup aujourd’hui, non ?
- Le sentier est juste derrière Toi
- T’es vraiment un gros naze
- Non, un mari heureux, denrée rare. Tu m’embrasses ?