Les expos, j'adore. Qu'elles qu'elles soient. Souvent enthousiaste, rarement décue bien que cela puisse arriver, j'aime déambuler à la découverte d'artistes. C'est ainsi que j'ai découvert Sheila Hicks à Beaubourg, Georgia O'Keaffe au Musée Picasso et tant d'autres. Mais ce qui m'éclate bien souvent ce sont les visiteurs eux-mêmes. Surprenants, irrésistibles, chiants à avoir envie de les taper, il y en a pour tous les goûts et surtout les miens parce qu'ils me permettent d'écrire des p'tites chroniques...
Il y a quelques années, le Musée du Luxembourg accueillait le peintre rococo Fragonnard. Beaucoup trop de monde pour des salles étroites. Je ne pense jamais à jouer en nocture. Certainement plus tranquille. Ce jour-là, serrés comme des sardines, nous déambulons et découvrons les oeuvres dont "Le verrou", célèbre dans l'interprétation que chacun peut en faire. J'observe un tableau. Deux personnes enlacées dans une position pouvant paraître suggestive. Devant moi, une femme avec certainement son fils regarde la même oeuvre. Et soudain, la voilà qui s'esclaffe "Non mais là, il abuse !" Et d'un mouvement sec, mal à l'aise, elle entraîne son fils ailleurs ne voulant pas que son gamin fixe un peu trop la toile dérangeante selon elle. Du coup, j'observe avec davantage d'attention le tableau soit-disant choquant. Aucun malaise, rien d'indécent pour Moi. C'est Fragonnard et son regard du 18e siècle. "Frago abuse !" Y'a de quoi éclater de rire !
La Fondation Vuitton donne carte blanche à 5 artistes. Font ce qu'ils veulent, peuvent peindre les murs, les plafonds, les sols... Autonomie absolue ! Je suis dans une salle où Steven Parrino propose des toiles transformées et déformées. Les tableaux sont placés dans l'espace sans encadrement. La perspective change. L'oeil voit autrement. La liberté des toiles, je ne l'avais jamais envisagée. J'aime bien l'idée. Soudain, j'entends un homme parler haut et fort. Je pense que c'est un des gardiens mais non. J'avise un clampin au tél. scander "Non mais tu devrais venir, c'est dingue, les tableaux, y'a pas d'cadre. Et y'en a par terre ! C'est n'importe quoi ! Toutes fripées les toiles ! On voit même pas ce que ça représente ! N'importe quoi j'te dis !" Et de continuer sa diatribe sans se soucier de l'endroit où il est ! Je ne sais pas si son pote l'a rejoint mais moi j'ai filé !
Beaubourg. Suzanne Valadon, belle découverte. Beaucoup de monde et deux hommes devant moi qui papotent, de tout, de rien. Ce qui m'agace, c'est le téléphone d'un des deux qui bipe constamment. J'essaie de m'échapper, de ne pas me retrouver près d'eux mais c'est compliqué. Tout à coup, un des deux zozos, portable en main, glisse à son copain, "Tiens, Julie, une amie m'envoie un message. Je l'appelle. Tu vas voir, elle est sympa!". Et à ma grande surprise, c'est ce qu'il fait. Et en Face Time, s'il vous plaît. Ben oui, pourquoi pas ? Après tout, on est dans un musée avec plein de monde. Qui ça pourrait gêner hein ? On s'le demande ! Du coup, je suis attentive à ce qui va se passer. Le gars, après les blabla habituels et la présentation de son pote, va raccrocher. Ben non ! Il lève son portable, le projette dans la salle et lui balance un "Tu sais où je suis ?" Bon, la copine n'est pas totalement abrutie car elle doit répondre à cet andouille qu'il est dans un musée. C'est alors qu'il insite "Tu sais qui a peint les tableaux ?" Là manifestement, la copine ne sait pas mais moi je pense qu'elle en a surtout rien à battre. Lui dit "Suzanne, Suzanne Valedon". Euh non mon gars, ValAdon... Et comme la poulette ne réagit pas, il décide de la cultiver et lui balance "Suzanne Valedon, une peintre, maîtresse de Toulouse-Lautrec". Là, j'ai vraiment eu envie de prendre le portable des mains de ce grand connard et d'expliquer à la dame qui était Suzanne.
C'est à ce moment que j'ai pris d'assaut les salles suivantes en me promettant de revenir dans celle que je quittais. Objectif : continuer la découverte sans ces deux grands couillons.
La cerise sur le gâteau, on la doit à une gentille dame lors d'une exposition d'art contemporain. L'artiste est Italien, Maurizio Cattelan. Le gars est connu pour son humour et ses oeuvres quelque peu provocatrices. Sur une chaise, une veste. Ladite dame pense que quelqu'un l'a oubliée et s'en empare. Elle rentre chez elle, la fait remettre à sa taille. Et puis, on ne sait pas trop comment elle comprend son erreur et quoi qu'il en soit, elle rapportera l'objet de son délit queques jours plus tard.
Magnifique non ?
Entre l'art et la réalité, il y a juste un petit pas...
Ajouter un commentaire
Commentaires